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«On a tout perdu» : l'angoisse des sinistrés depuis l'assaut de Saint-Denis

REPORTAGE - Plus de 80 personnes ont perdu leur logement depuis l'opération antiterroriste lancée le 18 novembre dernier. Logées pour la plupart dans des hôtels et des foyers sociaux de Saint-Denis, elles attendent une solution de relogement durable.
Plus de quinze jours après l'assaut de Saint-Denis, les habitants du 48 rue de la République peinent à garder le moral. Hébergés dans un premier temps dans un gymnase de la ville de Saint-Denis, ils sont depuis une dizaine de jours logés à l'hôtel ou dans des foyers sociaux de la ville. Victimes collatérales des attentats de Paris, toutes espèrent et attendent d'être indemnisées et définitivement relogées.



À la terrasse d'un café, dans le centre de Saint-Denis, Ahmed, 28 ans, enchaîne les cafés et fume cigarette sur cigarette. Il vient de passer une dixième nuit à l'hôtel Campanile, comme une vingtaine d'autres célibataires qui vivaient au 48 rue de la République. Il a les traits fatigués, la nuit a été courte. «J'arrive plus à dormir», raconte-t-il sous son bonnet bleu marine. «Depuis l'assaut, j'arrête pas de faire des cauchemars. Dans mes rêves, c'est la guerre, on me tire dessus», décrit-il, en essayant de garder le sourire. Ahmed a vu des psychologues et des médecins, pris des «cachets pour dormir» mais le traumatisme de cette terrible journée est encore là.

Ahmed, 28 ans: «J'ai tout perdu»

Ce sont les coups de feu qui l'ont réveillé le matin de l'intervention du Raid. Son appartement est au deuxième étage, juste en-dessous de celui où s'étaient retranchés les terroristes. Pas moyen de sortir, les policiers lui ont demandé de rester enfermé chez lui. Cet Égyptien de 28 ans, sans papier, va devoir attendre une heure. De son canapé, il voit les balles ricocher sur les murs. «Je ne bougeais pas, j'étais sous le choc, j'avais peur qu'on me tire dessus». Vers 5h30, l'immeuble commence à être évacué. Direction la mairie, puis le centre de Santé où sont pris en charge tous les habitants de l'immeuble, avant d'être redirigés vers un gymnase. Solution de repli proposée par la mairie de Saint-Denis.
Les 81 sinistrés y resteront plus d'une semaine. Entre temps, la plupart d'entre eux ont reçu l'autorisation d'aller récupérer quelques affaires. Pas Ahmed. Le plafond de son appartement, dont il était locataire, a été détruit au cours de l'opération. «Je n'ai plus rien», se désole-t-il. «J'avais tout mon matériel de menuiserie avec lequel je travaillais, ma télévision, mes vêtements, j'ai tout perdu». Dans sa chambre d'hôtel, qu'il partage avec un de ses anciens voisins, il lui reste peu de choses: tout juste une veste de jogging, un pantalon, une brosse à dent, son portefeuille et son téléphone portable, qui ne le quitte jamais. 

Kahinia, 30 ans: «Je me suis fait licencier après l'assaut»

Depuis l'assaut, la plupart des sinistrés ont reçu une enveloppe de 150 euros et des tickets restaurant. De quoi acheter à manger et quelques vêtements de rechange. «Mais l'argent part vite et ça ne suffit pas pour vivre au quotidien», regrette Kahinia, une Algérienne de 30 ans, qui habitait au 1er étage. Elle était avec une amie et ses enfants lors de l'assaut. Des images la hantent encore. Celle des hommes tout en noir, postés sur les toits, dans la cour, sous ses fenêtres, dans la nuit. «Sur le moment, je ne comprenais pas ce qu'il se passait», se souvient-elle. «Prise de panique, j'ai appelé le 17. Et là, ils m'ont expliqué que c'était la police qui intervenait». Les minutes qui suivent sont insoutenables. Les coups de feu et le fracas des grenades résonnent dans la cour. «Le plus petit avait tellement peur qu'il s'est fait pipi dessus et moi, j'ai fait un malaise», poursuit la jeune femme, qui vit à l'hôtel depuis plusieurs jours et qui est détentrice d'un titre de séjour. Outre les séquelles psychologiques et la perte d'un logement, Kahinia a perdu son emploi de femme de ménage dans le Xe arrondissement. «Depuis l'assaut, je n'ai pas pu retourner travailler. Du coup, je me suis fait licencier».

Oussama, 28 ans: «Je n'ai plus rien et je suis à la rue»

 Oussama faisait partie du cortège de la manifestation organisée par l'association Droit au logement (Dal) vendredi dernier. Plusieurs sinistrés sont allés manifester sous les fenêtres de la mairie et de la sous-préfecture de Saint-Denis. Crédit photo: Caroline Piquet

Sur l'ensemble des habitants de l'immeuble, trois personnes n'auraient pas été prises en charge et deux autres seraient sur le point de devoir quitter l'hôtel, d'après l'association Droit au logement (Dal) qui milite pour que toutes les victimes soient relogées durablement et que les habitants sans-papiers soient régularisés. C'est le cas d'Oussama, un Marocain de 28 ans et détenteur d'un titre de séjour. Il est à la rue depuis trois jours, les autorités locales ayant décidé de mettre fin à sa prise en charge. «On me demande de prouver que j'habitais bien dans l'immeuble. Je ne comprends pas, c'est quand même le Raid qui m'a évacué le jour de l'assaut. Et les voisins ont eu beau attester que j'étais locataire au 4e étage, rien n'y a fait, ils ne veulent rien entendre». Depuis, il se débrouille et dort chez des amis, espérant toujours obtenir gain de cause.

Salim, 30 ans: «Vous imaginez ce que ça fait de ne plus pouvoir rentrer chez soi?»

Plus aucun des 81 sinistrés ne pourra revenir au 48 rue de la République: l'immeuble, divisé en quatre cages d'escalier, a été condamné, sur l'avis d'un expert ayant estimé que la bâtisse, qui abritait une cinquantaine de logements, était désormais inhabitable. Salim, 30 ans, qui vivait au 4e étage du bâtiment D (l'assaut a eu lieu dans le C), enrage: «Malgré l'assaut, l'appart est nickel, je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas y retourner», peste-il. «J'ai toujours vécu ici, vous imaginez ce que ça fait de ne plus pouvoir rentrer chez soi? C'est horrible». En échange, la préfecture et la mairie lui ont proposé un nouveau logement en location, à Saint-Denis. Mais qui dit nouvel appartement, dit dossier à constituer. «Du coup, je passe mes journées à courir après les administrations pour obtenir des papiers, et ça, on doit le gérer tout seul. Personne ne vous aide, c'est la galère».

L'immeuble pris d'assaut le 18 novembre dernier par le Raid. En haut à gauche, l'appartement où les trois terroristes s'étaient retranchés. Crédit photo: Caroline Piquet
L'immeuble pris d'assaut le 18 novembre dernier par le Raid. En haut à gauche, l'appartement où les trois terroristes s'étaient retranchés. Crédit photo: Caroline Piquet
Dans un communiqué conjoint diffusé jeudi, la mairie de Saint-Denis et la préfecture de Seine-Saint-Denis ont écrit qu'une partie des sinistrés pourraient prendre possession de leur nouveau logement «d'ici quelques semaines», expliquant que «les premières propositions d'attribution étaient «en cours». «Quelques personnes en situation irrégulière vont bénéficier d'un rendez-vous dans les services de la préfecture pour un examen attentif et bienveillant de leur situation», ont ajouté Didier Leschi, le préfet délégué à l'Egalité des chances et Didier Paillard, maire de la ville. En attendant, une pétition lancée par une éducatrice spécialisée de Saint-Denis et réclamant le relogement des sinistrés continue de circuler sur le web. Ce vendredi, près de 40.000 personnes l'avaient signée.
Ce reportage a été réalisé vendredi 4 décembre.
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